Incendies, W. Mouawad

     Je vais vous présenter une oeuvre qui m’a particulièrement touchée et qui est sans nul doute mon coup de cœur de l’année. Habituellement, j’apprécie les pièces de théâtre pour la beauté des mots qui ne suscite en moi qu’une délectation purement intellectuelle. Mais celle-ci, regorge de pathos, d’une poésie délicate, de caractères forts et d’une intrigue qui m’ont bouleversée. Je vais donc m’empresser de découvrir le reste de cette tétralogie et peut-être m’intéresser plus particulièrement à cet auteur.

La tragédie face à la guerre

   Wajdi Mouawad est une figure plurielle qui a su apporter un renouveau au théâtre d’aujourd’hui. Metteur en scène, auteur, comédien, directeur artistique, il détient une connaissance globale des points de vue au théâtre qui lui permet d’apporter de la profondeur à ses pièces. Avant d’être dramaturge, il a connu les conflits politiques puisque sa famille a fui la guerre du Liban pour rejoindre le Canada. Cette double identité lui a permis d’aborder le thème de la guerre, de la quête identitaire, des origines et une réflexion sur le passé et les choix des ancêtres qui bouleversent nos vies, malgré eux.

     Incendies est la deuxième pièce issue de la tétralogie Le Sang des promesses. À travers cette oeuvre, nous retrouvons le cheminement de l’auteur lui-même qui, malgré les différences biographiques, peut être assimilé aux deux personnages principaux. En quelques mots, pour ne pas dévoiler les secrets de l’intrigue, puisqu’il y en a plusieurs et qu’ils sont terrifiants à découvrir, tout se déroule autour des jumeaux, Jeanne et Simon. Leur mère vient de mourir et leur a laissé un testament bouleversant, incompréhensible. Nawal évoque ainsi leur père, leur frère caché mais ne dévoile pas leur identité. Elle leur laisse une directive simple pour chacun : Jeanne doit retrouver son père, Simon doit découvrir l’identité de leur frère. Ce testament s’inscrit comme une quête des origines qui leur permettra de faire le deuil de leur mère.

MON AVIS : ★★★★★

La poésie des mots, l’apaisement du coeur

    Dans cette pièce, les mots deviennent des lames sanglantes. Chaque parole dévoile l’insoupçonné, chaque silence pèse sur l’être comme un fardeau.
Cette pièce se présente comme une enquête, celle des origines. Mais si les origines de notre naissance nous restent inaccessibles, peut-être qu’il en existe une raison, de celles qui préservent l’esprit des terribles secrets qui nous hanteront jusqu’à la fin. Jeanne et Simon découvre leurs origines, mais surtout, l’histoire de leur mère : ce qu’elle a vécu, ce qu’elle a subi, surmonté et les raisons de son silence. Plus les scènes se succèdent et plus les paroles deviennent douloureuses, les révélations terribles et inimaginables. On retrouve inévitablement le lien avec Œdipe mais c’est avec effroi que le mythe incestueux s’aggrave et devient encore plus monstrueux.

      Ainsi, Incendie est une merveilleuse découverte. Malgré l’horreur, les mots ne traduisent pas seulement une terrible vérité, ils nous font ressentir des sentiments douloureux, une compassion déroutante et si déchirante. Les paroles de Simon, derniers mots de la pièce, ne sont finalement que l’écho lointain de la volonté de leur mère : le silence n’est plus un poids mais un partage, l’expression d’un sentiment qui ne peut pas être dit mais seulement ressenti.

     Comme les personnages, j’ai terminé cette pièce dans le silence : les émotions emplissaient ma gorge sans que je ne puisse les exprimer. Cette lecture m’a véritablement foudroyé le cœur. Écrire cette chronique quelques mois après avoir lu Incendies ne m’empêche pas de frissonner encore en repensant à cette oeuvre sublime.

NAWAL. […] Là commence l’histoire.
Jeanne, Simon,
Pourquoi ne pas vous avoir parlé ?
Il y a des vérités qui ne peuvent être révélées qu’à la condition d’être découvertes.
Vous avez ouvert l’enveloppe, vous avez brisé le silence
Gravez mon nom sur la pierre
Et posez la pierre sur ma tombe.
Votre mère.

SIMON. Jeanne, fais-moi encore entendre son silence.

Jeanne et Simon écoutent le silence de leur mère.
Pluie torrentielle.

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