Vivre libre ou mourir : « Lounès Matoub, non aux fous de Dieu »

     Dans un projet de collaboration avec le festival du livre de Deauville sur le thème « La Révolte dans l’art », nous devions au sein de mon cours d’écriture critique, composer un article critique sur un ouvrage qui allait y être présenté. J’ai donc choisi cette oeuvre, qui pour moi, symbolisait concrètement ce qu’est la révolte grâce et à travers l’art.

ᴥᴥᴥ

      « Ceux qui ont dit non » est une collection qui regroupe des romans historiques. Elle dévoile des figures emblématiques qui ont résisté pour défendre de nobles causes. L’écrivain Bruno Doucey y contribue en dédiant sa plume à trois poètes assassinés, ceux qui combattaient leurs oppresseurs par les mots, ceux qui « sont morts […] pour avoir chanté leur amour de la vie et de la liberté ». Ces ouvrages marquent l’opposition de ces poètes par un « non » majuscule, teinté d’un rouge sanglant rappelant leur destin tragique. Lounès Matoub, non aux fous de Dieu est le dernier ouvrage publié dans cette collection.

       Le roman s’ouvre sur un assassinat, celui de Tahar Djaout (1). À travers ce premier chapitre, l’auteur nous fait partager les sentiments filiaux, l’amour qui unit les membres d’une famille, avec en arrière-plan, une chanson kabyle à la radio qui accompagne ce quotidien heureux. Mais ce premier texte achève celui d’une vie. La mort d’un homme fait naître le récit d’un autre, Lounès Matoub. Ce roman nous livre une fiction biographique et nous propose une relecture de cette vie rebelle, cette vie d’artiste abattue brutalement ce 25 juin 1998.

       Il retrace la lutte de Lounès contre les fous de dieu, ce chanteur kabyle qui militait pour la paix et la tolérance. Accompagné de sa « mandole en bandoulière », il chantait à la gloire de la liberté. Avec simplicité, Bruno Doucey mêle les mots pour nous faire partager des émotions. Il réussit à nous insuffler le sentiment de révolte qui animait le chanteur kabyle. Les chapitres défilent comme les paroles d’une chanson, celle de la vie du chanteur pour qui notre admiration se mêle à la compassion. La plume de l’écrivain s’inscrit finalement comme le témoin d’un combat sensible : celui d’un artiste engagé contre le terrorisme religieux et le pouvoir autoritaire.

        Le récit de ce combat fait surgir dans nos mémoires des événements plus récents qui ont marqué la France en 2015. Les terroristes ne cessent de combattre les mêmes symboles : la liberté d’expression que pouvait incarner Charlie Hebdo ou encore la culture, gravement touchée lors de l’attentat du Bataclan. D’ailleurs, le combat contre le radicalisme religieux est ancien : Lounès Matoub continue le chemin qu’avait déjà emprunté Voltaire contre « l’Infâme », et John Locke avant eux (2). À travers ce roman, l’auteur immortalise un homme qui suit le combat de tant d’autres contre l’intolérance religieuse et les répressions politiques. L’artiste le disait lui-même : « Je suis de la race des guerriers. Ils peuvent me tuer mais ils ne me feront jamais taire ».

(1): Tahar Djaout était un journaliste, écrivain, poète algérien qui fut assassiné par des terroristes. Son assassinat a frappé la communauté des intellectuels et des artistes.
(2) : Par « l’Infâme », Voltaire désigne l’extrémisme religieux du catholicisme qui faisait preuve de fanatisme, d’intolérance, de superstition et même de répression. John Locke, lui, a écrit une lettre dans laquelle il exposait les bienfaits d’une séparation des pouvoirs politiques et religieux.

 

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