Ne le dis pas à maman, T. Maguire

     Cet ouvrage est le témoignage de Toni Maguire qui revient sur son enfance terrible, une enfance volée et violée par son bourreau paternel et une mère qui l’a abandonnée à son triste sort. Pour tout dire, je me suis laissée deux jours pour me remettre de cette lecture avant de pouvoir écrire quoi que ce soit dessus. J’étais tellement bouleversée par l’horreur qui y était décrite que j’en étais folle de rage.

MON AVIS : ★★★★☆

      Nous voilà face à un récit qui nous illustre la violence, l’horreur et la cruauté dont peuvent être capable les humains. Chaque mot, chaque révélation était une preuve de plus des atrocités humaines : la perversion, la lâcheté, la haine, le dégoût, les préjugés, le sexisme, le machisme, tout s’agglutine dans cette spirale infernale.

L’enfance brisée

      Le roman nous dévoile le passé de l’auteur, et plus précisément, son enfance. Pour cela, Toni Maguire a choisi de mêler le présent et le passé. Les souvenirs de l’auteur lui reviennent en mémoire avec avec l’apparition d’Antoinette, l’enfant maltraité, celle qu’elle était et qui a tant souffert.  Cette réminiscence surgit lorsqu’elle se trouve au chevet de sa mère malade : est-ce qu’elle obtiendra le pardon de sa mère avant de mourir ? Son déni l’a empêchée de voir la vérité, il l’a protégé mais face aux événements, la petite Antoinette vient lui rappeler la réalité de ce qu’elle a subi et du rôle que sa mère a joué dans ses souffrances. Elle raconte alors les quatorze premières années de sa vie, dont huit années de violences sexuelles, physiques et morales.

    La progression de la violence est subtile et au premier abord, nous ne nous y attendons pas. Les six premières années de sa vie ont été heureuses : sa mère est dépeinte comme une mère aimante et attentionnée. Mais elle ne devient plus que l’ombre de celle qui apparaît au fil des pages. Les personnages – des personnes tout à fait réels – semblent être des doubles de leur passé : on oublie qu’ils ont été heureux et bienveillants face aux créatures terribles, cruelles, maltraitées ou maltraitantes qu’ils sont devenus. Le récit est construit de telle façon que chaque révélation nous accroche encore plus dans l’histoire : je n’ai pas réussi à me détacher du livre avant de l’avoir fini en entier (un après-midi de lecture intense et bouleversante). On ne respire plus, on est haletant, exactement comme ce narrateur-personnage qui revit ces souvenirs et cette violence passée.

Un témoignage viscéral, enfin partagé

      La narration à la première personne permet de rendre la lecture très fluide et de créer une proximité avec le lecteur. Ce témoignage nous plonge dans le passé d’Antoinette et nous fait ressentir des émotions fortes, trop éprouvantes parfois : j’ai ressenti sa rage, son indignation, sa colère, sa frustration, son désespoir etc. D’ailleurs, la parole est laissée à Toni qui prend enfin le pouvoir et le contrôle face aux événements qu’elle a subi. Elle donne sa version des faits, les pensées et les sentiments qui l’ont rongée. La narration et la description se mêlent l’une à l’autre pour décrire cette période souillée de la vie de l’auteur.

       Aussi, le choix des mots est utilisé à bon escient : pas une fois, j’ai eu le sentiment qu’il y avait du grotesque, des maladresses ou une expression hasardeuse. L’auteur s’exprime avec précision, elle emploie un style assez simple mais qui n’en est pas moins banal. Elle traduit ce qu’elle a vécu et on ressent le cheminement mental qu’elle a réalisé pour se permettre de raconter son histoire, avec justesse et humilité. Lorsque les violences sexuelles sont décrites, le langage n’est pas cru mais clinique : elle se place comme une observatrice des événements. Les choses sont désignées comme elles sont, ni atténuées, ni exagérées. L’horreur est décrite et c’est tout : elle se remémore avec douleur ce qui lui est arrivé et nous l’expose, nous rend témoins des scènes dans lesquelles elle était profondément seule et meurtrie.

CONCLUSION

       L’auteur a su se relever malgré les atrocités qu’elle a subit. Elle nous raconte comment son enfance a été un calvaire et malgré tout, elle garde une forme d’humilité face à tous ces événements. La puissance de cette lecture réside en partie dans cette résilience de l’auteur qui ne garde pas une once de haine face à ces bourreaux. Son introspection n’en est que plus touchante parce qu’elle y ôte toute culpabilité, toute trace de honte et dépasse son statut de victime pour celui de survivante. Malgré les plaies encore ouvertes, ses cicatrices ne l’enjoignent pas à la haine mais lui donnent une bravoure surprenante, inspirante.

2 réflexions au sujet de « Ne le dis pas à maman, T. Maguire »

    1. Je n’en doute pas. C’est sûrement un moyen pour l’auteur de dépasser son passé en nous l’exposant. Le partage est souvent une forme de catharsis, d’absolution.

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