Un dernier verre avant la guerre, Dennis Lehane

RÉSUMÉ DE L’ÉDITEUR

       Amis depuis l’enfance, Patrick Kenzie et Angela Gennaro sont détectives privés. Ils ont installé leur bureau dans le clocher d’une église de Boston. Un jour, deux sénateurs influents les engagent pour une mission apparemment simple : retrouver une femme de ménage noire qui a disparu en emportant des documents confidentiels.

       Ce que Patrick et Angela vont découvrir, c’est un feu qui couve « en attendant le jet d’essence qui arrosera les braises ». En attendant la guerre des gangs, des races, des couples, des familles.

AUTEUR

Américain d’origine irlandaise, Dennis Lehane prend la plume pour écrire son premier roman Un dernier verre avant la guerre. Ce premier roman est d’ailleurs le premier opus des enquêtes policières du couple Kenzie-Gennaro dans la ville de Boston, lieu de vie de l’auteur. L’univers de l’auteur touche des problématiques de société telles que le racisme, la maltraitance des enfants, le sexisme, la corruption ; bref, il empoigne toute l’injustice du monde et la jette dans son roman pour en faire un cocktail molotov.

MON AVIS : ★★★★(★)

         Avant de connaître ce premier tome, j’ai eu l’occasion de lire Prières pour la pluie au sein de mon cours sur les romans policiers. J’y ai découvert un style acerbe, dur et cynique , mélangé à l’ironie des situations auxquelles les personnages sont confrontés. De ce fait, il me semblait évident de recommencer depuis le début cette série d’enquête policière Kenzie-Gennaro. Comme évoqué dans le résumé, nous découvrons nos deux héros autour d’une enquête qui semble au premier abord tout à fait « banale » : deux politiciens font appel aux détectives pour retrouver des documents qui ont été volés. Au fur et à mesure de la lecture, nous comprenons que les enjeux qui se cachent derrière cette enquête sont bien plus dangereux qu’ils ne le laissaient paraître. En même temps que nos deux héros, nous découvrons avec effroi ce qui se cache derrière le vol des documents : le racisme prend racine et se mêle entre les relations des divers personnages, la violence s’est insinuée dans un passé qu’eux tous cachent et pensent avoir résolu, les cicatrices sont encore ouvertes, de véritables plaies béantes sur lesquelles l’on a déposé un vulgaire pansement.

        Le récit in medias res nous plonge dans la vie de Patrick Kenzie : la narration à la première personne amplifie l’identification du lecteur au personnage principal. Elle peut d’ailleurs être une sorte de personnification de l’auteur lui-même puisque certains détails lui sont communs : la couleur de peau, l’origine irlandaise, son sens de la justice, son rapport à la maltraitance chez l’enfant etc. Le roman suit une linéarité commune : nous plongeons dans une action en cours pour suivre un personnage tout au long du roman. La temporalité suit toujours l’instant zéro, c’est à dire le présent des personnages. Parfois, le narrateur – personnage, Patrick, se remémore son enfance et le récit est donc parsemé de quelques morceaux du passé. Ces quelques rétrospections servent à expliquer le comportement actuel du personnage : son implication dans l’enquête rappellera son propre vécu, un père cruel et un enfant maltraité. Ainsi, le fil de la narration permet de suivre les procédés classiques d’une enquête policière mais permettent tout à la fois de construire les personnages. Le processus de la recherche des indices est mêlé aux vies intimes des deux héros : la violence est omniprésente à la fois dans la vie de Patrick Kenzie mais aussi chez celle de Angela Gennaro. L’auteur utilise ainsi cette quête constante de la vérité pour approfondir celle qui habite les personnages eux-même.

         L’enquête policière se base à l’origine sur la recherche de documents volés par une femme de ménage noire. Le racisme est abordé dès les premiers pages et sera un thème central tout au long du roman. Le conflit des classes rejoint celui des couleurs de peau : l’auteur y dénonce avec un cynisme acerbe les discriminations constantes auxquelles sont confrontés les personnages mais plus généralement les représentations qu’ils incarnent à la fin du XXe siècle. On découvre alors la signification de ce titre qui peut paraître énigmatique : de quelle guerre parlons – nous ? Serait – ce un roman historique ? Il fait référence aux guerres de gang qui sévissent en Amérique, ici deux gangs noirs qui s’affrontent pour dominer et détruire l’autre. Derrière cette guerre, une histoire terrible se cache et se mêle alors à l’enquête initiale que rien n’aurait semblé relier aux premiers abords. Comme tout roman policier, j’ai eu plaisir à découvrir l’ampleur de l’enquête et jusqu’où elle peut aller. L’ingéniosité de l’auteur permet d’apporter sur un plateau un sujet qui n’aurait jamais pu être envisagé dans les premières pages. Je vous laisse découvrir son identité et son lien terrible avec le vol des documents. Ce qui peut être dit sans risque, c’est que la corruption politique dépasse le reste : la couleur de peau ne semble plus un problème lorsque les affaires rejoignent l’intérêt de quelques traîtres.

         Ainsi, l’auteur utilise ce roman comme un outil de dénonciation. Peut – être que son but est simplement de dresser un tableau des violences humaines mais le simple fait d’incarner un personnage qui joue un rôle dans la justice lui permet d’illustrer sa volonté de détruire tous ces conflits humains. Le prologue au début du roman fixe la tonalité globale du récit : la violence noircit ces pages comme elle empeste l’air de Boston. Le titre annonce déjà cette noirceur ambiante : l’alcool et le sang. Les deux personnages principaux sont constitués d’un humour cynique et cinglant, comme deux êtres au dessus de la ville qui voient tout mais qui laissent les humains dans leur crasse. Le style est acerbe, cinglant. Il n’y a pas de mot cru mais le vocabulaire employé présente la ville sous un aspect clinique et dérangeant : l’injustice est présente à chaque coin de rue et le monde semble allait de mal en pis. La qualité du roman provient de cette plume critique où l’ironie transparaît à chaque coin de phrase. Chaque situation porte à rire parce que face à la violence, la seule légèreté possible provient du rire et du comique, même macabre, de ce dont on a en face de soi.

CONCLUSION

         Ce roman m’a permis de découvrir le début des aventures de Patrick et Angie. Nos deux acolytes à la relation ambiguë forme un duo complémentaire. Le regard qui est apporté sur ces thématiques permettent de crier notre rage face à l’injustice qu’il expose : l’enquête permet d’ouvrir la voie à l’espoir. Ce roman noir nous plonge dans un univers sombre et morbide mais plus que tout, il se conclue par une touche d’espoir à double tranchant : la justice est possible mais il faut parfois forcer les choses, on ne peut pas toujours garder les mains immaculées lorsque celles de l’adversaire baignent dans le sang ; si l’on veut un jour obtenir justice, alors il faut aller la chercher soi-même, qu’importe le prix qui nous en coûte tant que l’ordre des choses est rétablie par cette petite goutte, ou cette mare de sang.

« Je me suis passé la main dans les cheveux, j’ai senti la crasse et le gras de la veille, perçu l’odeur des ordures et des déchets sur mes doigts. À ce moment-là, j’ai véritablement haï le monde et tout ce qu’il contenait. »

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