Uglies, tome 1, Scott Westerfeld

         Flânant dans les rues de Paris, boulevard Saint Michel, je n’ai pu résister à l’appel des bouquinistes que je croisais sur mon chemin. Dans ma quête livresque, je suis tombée sur les deux premiers tomes de la célèbre saga Uglies et en voyant le prix terriblement alléchant, j’étais obligée de les acheter. J’avais déjà lu ces deux premiers tomes – que j’avais emprunté – mais je n’ai jamais eu l’occasion de terminer la saga. Il fallait que je replonge dans cette lecture et que je poursuive la saga, jusqu’au bout cette fois-ci. Voici donc la chronique du premier tome d’Uglies, publié chez Pocket Jeunesse (édition 2007).

        « Ce roman a pris forme suite à de nombreux échanges d’e-mails entre Ted Chiang et moi-même à propos de son récit Liking What You See : A Documentary. Son regard sur mon manuscrit m’a également été d’une aide inestimable. » Scott Westerfeld.

Dans le monde de l’extrême beauté, les gens normaux sont en danger.

MON AVIS : ★★★(★)☆

       Les premières pages de ce roman nous plongent dans un univers singulier : une société divisée en deux, d’un côté les Uglies et de l’autre, les Pretties ; les moches et les beaux. Quoi de plus intriguant qu’une société où l’apparence y occupe une place centrale. Même, elle en est devenue primordiale. Le premier chapitre nous montre à quel point cette séparation change les rapports humains. Tally, une Ugly, revoit son meilleur ami, nouvellement métamorphosé en Pretty mais leur rencontre ne se déroule pas aussi bien qu’elle l’espérait. Distrait, presque arrogant, sa nouvelle apparence ne semble pas être le seul changement qu’il a subit au cours de l’Opération. De fil en aiguille, par le biais d’une nouvelle amie, Tally se rendra compte à quel point cette société cache des secrets insoupçonnés. Mais ses découvertes ne seront pas sans conséquences.

Littérature jeunesse : entre maladresse et simplicité

         Nous suivons donc les aventures de Tally, une jeune fille qui va bientôt avoir 16 ans. Cet anniversaire n’est pas ordinaire puisqu’elle deviendra Pretty. L’Opération rend tout le monde beaux : des traits similaires et symétriques, la graisse est enlevée, les os limés, les muscles stimulés, des prothèses insérés etc. Mais avant cela, Tally doit encore patienter trois mois. Elle rencontre Shay, une autre Ugly qui a des idées surprenantes : elle remet en question la beauté qui leur est imposée et émet l’idée qu’elles ne sont pas si moches, finalement. À la différence de Tally, Shay est un personnage plus complexe et plus intelligent. Quoiqu’un peu influençable, elle n’est pas aussi simplette. Plusieurs fois, Tally m’a agacée avec ses réflexions toutes faites. Évidement, son caractère malléable est dû au lavage de cerveau qu’elle subit depuis toujours. La société dans laquelle elle vit a fortement influencé sa personnalité. Au fil des péripéties, le personnage gagne toutefois en profondeur à mesure qu’elle découvre ce qui se cache derrière toute cette beauté. Les événements auxquels elle est confrontée lui permettent de mûrir plus rapidement. Le personnage de David souligne même sa clairvoyance, par rapport aux autres fugitifs qui ont encore en eux les valeurs qui leur ont été inculquées. Son expérience et surtout sa confrontation avec les Specials lui ont permis d’évoluer au fil des pages.

        Cette simplicité de caractère est aussi liée à la cible du roman. La littérature jeunesse simplifie la personnalité des personnages pour les rendre moins complexes et plus proches des adolescents. Ayant grandi entre temps, je n’en suis plus la cible. Toutefois, j’ai pu apprécier le style épuré, le vocabulaire accessible et qui pourtant aborde des thématiques plus complexes qu’il n’y paraît. L’intrigue est aussi simplifiée ; on se demande parfois si l’action va enfin se mettre en place. Il semblerait que cette lecture n’est pas un enchaînement d’actions mais plutôt que l’auteur a voulu créer une oeuvre dans laquelle le personnage principal remet en cause les fondements et les valeurs de sa société. Chaque élément un peu futile, voire précipité amène Tally à déconstruire ce qu’on lui a toujours inculqué. La jalousie de Shay et son sentiment de trahison permettent à Tally de comprendre ce qui est nécessaire à l’humanité. Tout le roman converge vers une seule question que Tally doit se poser : la Beauté est-elle essentielle au point d’abandonner tout le reste ?

Dystopie : la Beauté jusqu’au totalitarisme ?

     Uglies est une saga dystopique qui questionne l’importance de la beauté, de l’uniformité des corps et des pensées dans le but d’établir la paix. Au cours de ce premier tome, Tally se rend compte du lavage de cerveau qu’elle a subit depuis son enfance. Elle remet peu à peu en question l’idée de beauté artificielle et se rend compte du charme des visages ordinaires. Les traits tirés, les visages ridés ne sont pas nécessairement atroces. Mais plus que tout, la beauté de son monde recèle un dangereux secret. La beauté ne touche pas que les corps : les esprits sont eux aussi altérés.

      Ce roman permet de réfléchir sur l’homogénéité des corps et de « l’égalité » des apparences. Si tout le monde se ressemble, si nous avons tous les mêmes traits, la même couleur de peau, alors il n’y aurait plus de discriminations injustes entre les humains. Le parallèle entre ce monde futuriste et les Rouillés (nous autres) permet de comparer les erreurs que nous commettons, de comprendre ce qui dérange et peut-être de changer ces mentalités qui nous discriminent. Mais plus que l’idée de l’apparence, le roman aborde le totalitarisme. Si chacun est semblable à son voisin, quelle différence y a t-il entre eux deux ? Les personnalités n’existent plus, l’individualité est oubliée au profit d’une paix factice et sans saveur. Imposer l’idée de Beauté revient à faire disparaître notre singularité. Les défauts de nos corps sont les témoins de nos origines. Altérer ces différences revient à effacer notre appartenance familiale et à terme, l’histoire de nos ancêtres.

CONCLUSION

      Ce roman ne présente pas de personnage original, ni d’intrigue extraordinaire. Mais le thème, quant à lui, s’insinue dans chaque ligne, sans jamais s’en défaire. L’auteur propose une réflexion sur la beauté et l’importance des apparences. Aborder ce thème dans la littérature jeunesse est même essentiel puisque c’est à l’adolescence que l’apparence devient un fardeau pour certains. Dénoncer et questionner sont les enjeux de ce roman. Mais, il peut aussi aider les jeunes lecteurs à suivre le chemin de Tally : décomplexer de leurs différences et comprendre que leurs défauts sont en réalité leur beauté propre.

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s