Les Arcanes du chaos, Maxime Chattam

Ce livre se trouvait dans ma PAL depuis cet été. J’avais envie de me plonger dans l’univers d’un auteur contemporain, et plus spécifiquement celui d’un auteur français. Peu arrivent à attirer mon attention mais j’ai entendu le nom de Chattam dans toutes les bouches que je croisais. Ayant un faible pour les thriller et les romans policiers, je me devais de découvrir cet auteur. Après de nombreux conseils, j’ai choisi ce roman que j’ai enfin entamé en décembre.

« Qui contrôle les hommes et les victoires contrôle l’Histoire. »

MON AVIS : ★★★★☆

        Je n’ai pas l’habitude de lire des romans français, soit par manque d’intérêt, soit par manque de qualité. Celle-ci était une sorte de test, pour savoir s’il est possible de faire de bonnes découvertes. Ce fut une réussite ! Je dirais même plus, j’ai peut-être un véritable coup de coeur pour l’écrivain ! Dès les premières lignes, j’ai adoré le style. Pourtant, il ne s’y passe pas grand chose d’exaltant mais il y avait un « je ne sais quoi » qui m’a séduite. Je me suis laissée aller à cette lecture en savourant chaque mot. J’étais partie pour le finir d’une traite, malheureusement quelques contre-temps ont retardé ma lecture. Ce roman reste tout de même une belle découverte et un délicieux préliminaire pour toute la bibliographie de l’auteur.

En dehors des stéréotypes

       Ce roman nous raconte l’histoire de Yael, une jeune femme célibataire qui va vivre des événements inexpliqués. En effet, des ombres se cachent dans ses miroirs. Angoissée et totalement seule – sa meilleure amie partie en week-end romantique et son père à l’étranger – elle rencontre un bel homme, Thomas, qui va l’aide dans cette épreuve. J’ai beaucoup aimé la construction du personnage qui possède des ambivalences intéressantes : ce n’est pas une femme faible qui a besoin de se faire aider par un preux chevalier ; même si ses faiblesses refont surface, elle ne se laisse pas abattre (sans mauvais jeu de mot). C’est ainsi qu’on suit ses pensées et son cheminement intellectuel dans cette « quête des ombres ». Parfois, j’étais surprise de voir comment le personnage pouvait résoudre une énigme aussi rapidement mais ces casse-têtes sont justement fait pour être résolus par cette jeune femme. Ce personnage féminin est déroutant et ne possède pas les caractéristiques habituels des clichés habituels et des stéréotypes de genre. C’est un élément important qui m’a plu dans l’écriture de Chattam : il semble vouloir écrire et construire des personnages en dehors des clichés. Même si tous ne peuvent s’en libérer aisément et appartiennent à un schéma narratif bien ancré dans le genre (n’est-ce pas Thomas !).

Un thriller infernal

       La narration, quant à elle, est très bien ficelée ! On pourrait penser vers la moitié du roman que le récit part un peu dans tous les sens, surtout quand ils partent en Suisse puis aux États-Unis. J’avoue, j’avais un peu décroché du récit à ce moment là mais la fin explique toute la nécessité de ce chemin parcouru. Mais revenons au début du récit. L’auteur nous embarque dans une quête de la vérité, parsemée d’énigmes à résoudre qui deviennent de plus en plus angoissantes. Yael est mêlée à un jeu mondial dont elle n’aurait jamais pensé faire partie, même pire, ne jamais en être l’instrument. Les premières pages nous aspirent dans un tourbillon infernal et comme Yael, nous ne pouvons en sortir tant que nous n’avons pas découvert la vérité et ce qui se cache derrière les Ombres. Le récit est haletant, entraînant et nous avons de la peine à reprendre notre souffle face à cette course contre la montre, jusqu’à la fin, qui déclenche un véritable cataclysme. Je suis ressortie de cette lecture avec la sensation étrange de retrouver mon souffle, comme si je l’avais retenu toutes ces pages. Ma tête bourdonnait de tout ce suspens et cette fin brutale, irréelle, a cassé le rythme infernal de tout le roman. On relève la tête hors de l’eau en se demandant « Pourquoi ? ». Après quelques secondes, on comprend. Les dernières pages apportent au récit un écho surprenant : nous voilà face à une véritable mise en abyme. Kamel, lointain témoin des événements nous renvoie à notre propre réalité. Qui sommes nous ? Des pions ? Détenir la vérité pourrait alors nous aider, ou au contraire, elle nous plongerait nous-aussi dans cette course infernale.

La plume de Maxime Chattam : un vrai trésor !

      Je ne savais pas à quoi m’attendre du style de l’auteur. Mais quand j’ai lu les premières lignes, je savais que j’étais tombée sur un auteur important qu’il fallait que je découvre encore plus. Quand j’oubliais l’identité de l’auteur, je pensais lire un thriller américain. Même, quand les lieux n’étaient pas cités, je me voyais dans une ville américaine et non à Paris, dans certains quartiers que j’ai appris à connaître ces derniers mois. En voilà une écriture addictive ! J’ai dévoré son récit comme on dévore un plat après un jeûne. D’ailleurs, au fil des pages, j’en perdais ma propre réalité. Quelle était la vérité dans ces pages ? Quels éléments ne l’étaient pas ? Certains considérés comme des faits avérés dans le roman sont en fait inventés pour accentuer tout le mysticisme et le complotisme du roman. Comme Yael, je ne savais plus ce qui était réel de ce qui ne l’était pas. Certains passages étaient marquants par la force des mots choisis. Une fois que l’on a gouté ces quelques suggestions, on souhaite nous aussi savoir ce qui se cache derrière les apparences. Quels sont les mystères de ces événements ? Pourquoi existent-ils tant de coïncidences ? Ce roman mêle si bien la réalité et la fiction que nous ne pouvons plus discerner le vrai du faux. Arrivée aux trois-quart du roman, j’ai arrêté de réfléchir et je me suis laissée emporter par cette spirale effroyable. Je devais savoir ce qui arriverait à Yael, qu’importe si cela était vrai. Je ne voulais plus savoir si les extraits du blog de Kamel étaient avérés, j’était pleinement disposée à boire ses paroles. Je devenais moi-même conspirationniste. Ses mots semblaient si sincères, justifiés par des sources sûres, qu’il ne m’état plus nécessaire de chercher leur exactitude. J’acceptais tout.

CONCLUSION

       J’étais un peu déçue de découvrir ce qui se cache finalement derrière les Ombres parce que je n’avais pas envie de lire un roman avec autant de complotisme. Mais cette déception ne rivalise pas avec le plaisir de que j’ai retiré de cette lecture. La qualité d’écriture de l’auteur se retrouve principalement sur la fin du récit. Elle était tellement évidente, je l’avais même imaginée pendant ma lecture mais le talent de l’auteur me l’a fait oublier. Elle est stupéfiante parce qu’elle permet de résoudre la dernière énigme ; c’était la dernière pièce du puzzle. Mais surtout, je finis ce roman avec un goût amer : je suis dégoutée de ce qui est arrivée à Yael parce qu’elle nous représente tous, nous autres, les humains ordinaires, complètement égarés, en dehors de toute compréhension du pouvoir et des machinations. Nous sommes ses semblables et on finit ce roman complètement perdu, plein de doutes. Chattam a réussit son paris : il nous a transmis ce que les Ombres ont transmis à Yael et on ne pourra plus jamais s’en défaire.

Publicités

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s