Complexes invisibles

J’ai des complexes mais ils sont invisibles. Personne ne pourra jamais les voir parce qu’ils sont impalpables.

Parfois, je suis réservée, quelque peu discrète, sûrement trop modeste face à toutes ces personnes qui m’environnent. Je ne me sens pas méritante, pas toujours digne. Il me manque ce brin d’intelligence, cette touche de créativité, ces superbes idées pleines d’originalité. Et puis, je me rends compte que ma vie est banale, bien trop fade : des parents sans Histoire, une vie modeste, plate, moyenne, aucune aventure, pas l’ombre d’un voyage. Pas un frisson d’adrénaline. Mes origines sont pour le moins ordinaires, pas un soupçon de métissage. Je proviens d’un milieu social moyen, avec peu de ressources mais sans en manquer pour autant.

Plongée dans cette masse de voyageurs, de polyglottes, de fortunés, de métissés, d’intellectuels, d’artistes et de poètes, je me sens seule face à moi-même. Face à mes origines sans intérêt. Plus qu’ordinaire, je ne me sens pas importante, encore moins riche d’expériences. Je n’ai rien vu d’extraordinaire, rien vécu de sensationnel. Je suis restée là, au même endroit, pendant dix-huit années. Paralysée, sans moyens ni ressources, aucune aventure trépidante à portée de main.

J’ai été prisonnière de cette vie morne. Il ne me restait plus que mon esprit pour vivre quelque chose d’exaltant, de vivre des vies qui n’étaient pas la mienne. Je n’avais que des livres pour m’accompagner et me faire oublier que je n’étais pas l’héroïne du roman que je tenais. Pire que Mme Bovary, je ne vivais plus que pour lire. Telle était là mon existence.

Désormais, je lutte sans cesse pour me libérer de cette cage sociale. Je me confronte aux différences, à tous ces visages qui ont eu de la chance, celle que je n’avais pas. Je m’écroule le soir en réalisant tout cet écart entre eux et moi. Mais plus que tout, je m’accroche à mes rêves parce qu’ils me guident pas à pas. J’aurai accompli quelque chose qu’aucun d’eux n’aura vécu avant moi : dépasser ma condition, arracher ce passé maudit qui me colle à la peau mais surtout, goûter au sentiment puissant d’avoir gagner ma vie, sans jamais cesser ce douloureux combat.

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