La Terre des Morts, Jean-Christophe Grangé

Un livre mystérieux, une couverture qui intrigue et dévoile une partie de son histoire. J’ai eu ce livre pour Noël et c’est un peu étrange d’ailleurs, quand on pense à la symbolique de cet événement. Un moment de partage, de joie en famille. Tout ce qui ne convient pas à ce roman, du moins, en partie. J’ai entamé les premières pages à cause de sa couverture et je le termine avec la signification de son titre. 

« Nous ne sommes pas de l’être, Corso, mais du temps. Une simple durée sur Terre. Or mon temps ne signifiait plus rien. Il n’était plus légitime. Il n’était qu’une erreur née de la violence et de l’abjection. »

MON AVIS : ★★★★☆

Ce roman est une plongée en enfer, dans la crasse et la misère de l’Homme. On est embourbé dans les miasmes noires de la perversité, de la violence et de la cruauté ; bref, du mal incarné. L’histoire ? Des strip-teaseuses assassinées, entravées par des cordes rappelant l’art du shibari, discipline liée au BDSM (Bondage et Discipline, Domination et Soumission, Sadisme et Masochisme). Corso, un flic du 36 (direction générale de la police à Paris) vit la rage au ventre. Il nous plonge dans l’enquête et dans les bas fonds de Paris, voire de l’humanité toute entière.

Un plongeon en enfer : le diable, ses rejetons et le Chaos

Dès les premières lignes, l’auteur nous dresse le portrait de Corso : les détails de sa vie, une vie tumultueuse, débauchée, brisée par la misère et les bas-fonds de la société. Tout le long du roman, nous suivons le point de vue de cet homme, de droite, misogyne et criminel ; son portrait est pour le moins atypique, éloigné des personnages que je rencontre au fil de mes lectures. Ce n’est pas un héros, loin de là. Moitié assassin, moitié flic paumé. Face à lui, même pas un antihéros mais plutôt un antagoniste pervers et décatit. Tous les personnages, s’ils ne sont pas soumis à des clichés, sont des symboles spécifiques : les belles femmes, venimeuse et enchanteresse, ensorcelant les mots jusqu’à les étouffer, les manipuler, les sucer jusqu’à la moelle ; les flics, tous des figures décharnés et brisés par des années d’enquête, face aux pires criminels et au pire de l’humanité entière ; Sobieski, l’incarnation du pervers, de l’incube et de tout ce qu’il y a de plus dépravé sur terre, le pire de tous les coupables ; les autres femmes, si elles n’ont pas de venins, sont ridiculisées, antipathiques, invisibles. Je ne peux m’empêcher de me questionner sur la position de l’auteur face à cette misogynie ambiante. Aime t-il peindre des hommes aussi répugnants ? Du sexisme aussi nauséabond ? Est-ce une véritable critique de la société actuelle et des figures les plus haineuses qui puissent exister ? Dans tous les cas, je n’ai jamais lu de figures aussi pervertis que dans ce livre (Sade, excepté). Mais malgré l’originalité de ces personnages, le scénario semble s’essouffler à la moitié du roman.

Au départ, je pensais plonger dans le pire des miasmes. Ce qui s’est effectivement produit, jusqu’à un certain point. Après le bondage, le porno, les meurtres, le scénario se calme. La narration, comme l’enquête de Corso, s’essouffle. Comme s’il n’y avait rien de plus à pomper. Comme si tout avait été déversé. Est-ce volontaire de la part de l’auteur ? Le roman est divisé en trois partie, la deuxième est la moins mouvementée, quoique… Il y a énormément d’éléments, on se perd, on suit les fausses routes, on doute puis finalement on arrive à des conclusions … fausses. J’essayais de découvrir qui était l’assassin, ce personnage devenu mystique mais pas moyen de mettre le doigt dessus. La position du lecteur offre toutefois une vision plus objective : Corso, trop impulsif, noyé dans la crasse et la subjectivité, s’enfonçait dans les méandres qu’on lui jetait à la « gueule ». Mais on voit bien qu’il se trompe, qu’il suit ses préjugés et ne s’interrogent plus sur les divergences de l’enquête. Toutefois, je ne m’attendais pas à cette fin, qui, je dois l’avouer, m’a bien plu. Dans la deuxième partie, on quitte l’aspect que j’aimais le plus – cette plongée en enfer – pour suivre un procès. Idée originale d’ailleurs, essentielle ? À débattre. Pour cette troisième partie, des rebondissements qui s’enchaînent dans les cinquante dernières pages. Lorsqu’on lit la fin, on comprend tout : les nuages abscons, abjectes et nauséabonds au dessus de leur têtes se dissipent pour révéler la vérité. Aussi répugnante qu’un abcès qu’on perce, enfin.

L’ombre de Sade derrière ses mots

J’ai porté une grande attention aux mots dans ce roman, élément crucial pour comprendre la maîtrise de l’auteur. C’est comme s’il avait pris avec lui le dictionnaire de la crasse : chaque phrase recèle un sous-entendu, un jeu de mot, une ironie voilée qui rappelle sans cesse ce monde impur. Même les moments les plus innocents étaient noircis par le vocabulaire. Les mots avait une connotation sexuelle et perdait leur neutralité : « pénétrer dans une pièce » n’était plus un acte anodin et quotidien mais rappelait l’acte sexuel, sans cesse, consentis, ou non. Grange jette les mots sur le papier comme on crache sur le trottoir : on racle sa gorge pour rejeter ce qu’il y a de plus visqueux en soi. Parfois, certains passages me donnaient la sensation si désagréable de gratter les tréfonds de l’humanité que j’imaginais comme des vers purulents qui rampaient sur ma peau. Toutes les métaphores les plus sordides conviennent à ce roman.

Le style de Grange m’a beaucoup frappée. Le premier que je lis et probablement le premier d’une longue liste. Je ne compte pas m’arrêter à cette lecture qui, malgré l’horreur, m’a mis l’eau à la bouche. Est-ce un compliment si je le compare à Sade ? Je me souviens de ma première lecture de cet auteur si célèbre, considérée comme la pire, suintant l’immondice humaine. Le choix de ses mots, la profondeur âcre de ses personnages et le plaisir que j’ai éprouvé en lisant Grange m’ont rappelé le maître du sadisme en personne. 

CONCLUSION

Que dire de plus ? Cette lecture est une véritable découverte. Elle m’a ouvert les yeux sur les possibilités d’écriture et les spécificités du style d’un auteur. Je suis curieuse de savoir si sa maîtrise est aussi puissante qu’elle me semble l’être dans ce roman. J’ai découvert un polar vraiment noir, comme je n’en avais encore jamais lu d’aussi sinistre. Et je suis très satisfaite de voir qu’il est possible d’en lire d’aussi sombre que celui-ci.

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2 réflexions au sujet de « La Terre des Morts, Jean-Christophe Grangé »

  1. Je ne pense pas que je lirais ce genre de roman. Meme si certaines chose me choc moins que d’autre, a petite dose cela peut passer mais je pense qu’il y en a trop pour moi. je pense que ce n’est pas un roman fait pour moi.

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