Lait et Miel, Rupi Kaur

      Alors que mon féminisme s’affirme de plus en plus, j’ai remarqué ne pas avoir d’appui littéraire à mes côtés. Que ce soit des idées politiques, des essais philosophiques ou des modèles personnifiés, je n’avais lu jusqu’à présent aucune oeuvre littéraire féministe – pas entière en tout cas. J’ai repensé à la fois où une amie avait fait un exposé en cours d’anglais sur Rupi Kaur, poétesse que je ne connaissais pas du tout. Mon amie avait parlé d’une de ses œuvres avec tellement de passion, avec tant d’admiration que son nom m’est resté en tête. C’est alors que j’ai vu la nouvelle édition de ce recueil et j’ai succombé à cette douce lecture.

Tombe amoureuse de ta solitude142x2841

 

 

 

« pour
les bras
qui me tiennent »

« mon coeur m’a réveillée la nuit dernière
il pleurait
comment puis-je l’aider lui demandai-je
mon coeur m’a répondu
écris ce livre »

 

 

 

 

MON AVIS : ★★★★★
COUP DE CŒUR

     Avant même d’ouvrir ce recueil, j’ai observé avec attention sa couverture. Il me semble important d’évoquer son titre : Lait et Miel. Très poétique, très doux, cette association de mots reflète la force féminine, à la fois force de la nature et force dans la persévérance. Ce titre connote déjà des spécificités féminines : ce qu’elle est et ce qu’elle peut faire. L’image des abeilles sur la couverture est d’ailleurs très révélatrice de ce qui se trouvera à l’intérieur : la force de la femme se dévoile. On découvre que ses souffrances ne sont pas des faiblesses mais un nectar précieux à récolter et à transformer en résilience, en amour de soi, en amour de toutes les autres femmes, de toutes nos sœurs.

Au cœur de l’intime

       Si l’on feuillette rapidement le recueil, on s’aperçoit que certaines pages sont presque entièrement noires. Elles annoncent le changement, la transition d’une période à une autre. Cette binarité entre ce noir et ce blanc permet simplement de montrer la difficulté de cette femme, de toutes les femmes à passer d’un état à un autre. Quels sont-ils d’ailleurs ? Le recueil est divisé en quatre partie : souffrir, aimer, rompre, guérir. Ces parties se font écho et se complètent chacune entre elle. Elles ne sont pas à lire dans l’ordre, de la première à la dernière, de gauche à droite. Elles sont interchangeables pour chacune des femmes. Ce parcours de vie raconte celui de la poétesse mais décrit aussi les situations de n’importe quelle femme de ce monde. Le plus important n’est pas de s’attarder sur le récit de son histoire personnelle mais d’entendre toute cette souffrance, de la comprendre et de l’exorciser à notre tour.

        Les dessins et les poèmes ne font qu’un sur ces pages. Ils s’illustrent l’un pour l’autre. J’avais particulièrement aimé la collaboration de Man Ray et Paul Eluard pour Les Mains libres. Ici, j’ai savouré les traits délicats de Rupi Kaur et la douce mélodie de ses poèmes. Malgré la traduction française, je pouvais sentir le poids des mots. Lu à voix haute évidemment, ce recueil est un berceau de sentiments. Un seul trait pour former ses dessins ; presque un seul souffle pour lire ses poèmes. Aucune majuscule, comme si malgré les points, il n’y avait pas véritablement de début. La rupture des phrases n’est pas la fin, seulement une transition. Tout se suit et s’harmonise. Ces vers libres se lisent comme bon nous semble, nous prenons le rythme qui nous vient. D’ailleurs, mes poèmes préférés sont souvent ceux sans point parce qu’ils n’appellent pas de fin, ni de suite ; ce sont simplement des sentiments exposés au grand jour qui se perdent dans un seul souffle…

Poésie féministe : divin nectar

        Alors que j’ai ouvert et commencé ce livre avec une boule d’émotion dans la gorge, je l’ai terminé soulagée et libérée d’un poids qui m’était invisible jusqu’alors. Je vous avoue avoir pleuré : pleuré de tristesse face à tant de souffrance ; pleuré parce que cette souffrance est aussi la mienne ; pleuré parce qu’après tant d’années, une femme a enfin écrit des mots qui pourraient être les miens et en a fait de merveilleux poèmes ; pleuré parce que j’étais enfin comprise, entendue et libérée. Ce recueil est un passage à franchir pour chaque femme. Il décrit chaque maux que chacune d’entre nous avons pu vivre. Rupi Kaur aborde tout, toutes les souffrances et tous les plaisirs : le viol, l’inceste, la trahison, la relation paternelle/maternelle, l’absence, la famille, l’amour, l’amitié, le plaisir, le désir, les orgasmes, le corps, les tabous, les complexes, la douleur, la jalousie, la haine, le dégoût, la sororité, l’épanouissement, la jouissance etc. Tous ces thèmes sont abordés sous le prisme féminin. Mais, la femme n’est pas mise sur un piédestal, elle n’est pas non plus humiliée ; elle est, tout simplement.

     C’était mon premier recueil de poèmes écrit par une femme. Cela pourrait être anodin mais ce n’est pas le cas. Pourquoi est-ce la première ? Pourquoi est-ce que je n’en ai jamais lu d’autre ? Pourquoi ne m’a – t – on jamais parlé des femmes autrement qu’en tant que muses ? Elles existent pourtant, elles sont là mais personne ne parle d’elle. À croire qu’elles font peur, à croire que leurs œuvres menacent celles des hommes puisqu’on ne prend pas la peine de les mentionner. C’est comme si elles n’existaient pas. Je suis toutefois heureuse de l’avoir découverte de la sorte. Une amie en a parlé, je l’ai écoutée et ses mots sont restés gravés dans mon esprit. Aujourd’hui, je les comprends. Je comprends son admiration. J’éprouve désormais la même. C’est une lecture qui forge la femme, tant par son pouvoir cathartique que par la beauté de ces mots écrits. En tant que féministe, je ne pouvais qu’être émue face à tant d’amour soufflé à chaque femme de ce monde. C’est un recueil sur la souffrance, certes, mais il est peut-être bien plus encore sur l’amour de soi, de son corps et de toutes les autres femmes autour de nous.

CONCLUSION

    Je termine cette chronique avec émotion. Il est difficile de parler d’une oeuvre qui nous a tant touchée et que l’on veut partager au plus grand nombre. Ce recueil est une oeuvre majeure de notre génération, c’est certain. J’ai tant de joie à en parler parce que cette oeuvre est le début de mon parcours. Elle n’est que le commencement de ma quête d’autrices et de poétesses oubliées.

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KAUR Rupi. Lait et Miel. Pocket : 2019.

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