Mon amour des mots : comment tout a commencé ?

Mon amour des histoires et des mots remontent à longtemps, peut-être bien depuis toujours. Je ne me souviens pas d’une période où les livres n’existaient pas dans ma vie. Installez-vous confortablement, préparez votre boisson chaude préférée et laissez-moi vous raconter mon histoire autour des livres et de cet amour des mots.

Depuis toujours, j’ai adoré les histoires. Toutes. Celles qui racontent des petites anecdotes croustillantes, celles qui partagent un moment singulier qui s’est produit dans le monde, celles qui nous inspirent, celles qui donnent une leçon de vie etc. Nous avons toujours eu ce rituel, avec ma mère, où chaque soir, avant de dormir, elle venait s’asseoir sur le bord de mon lit pour me lire une histoire. J’ai très peu de souvenirs de ces moments particuliers mais c’est peut-être les derniers où nous avons pu partager cette complicité mère-fille. Elle savait maintenir le suspens puisqu’elle s’arrêtait souvent au moment critique, celui où nous avons besoin de savoir la suite. Parfois, elle cédait, parfois elle prolongeait cette attente insupportable. Je crois bien que c’était à ce moment là que mon amour du rythme, du suspens et du jeu entre l’auteur et le lecteur est né.

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Par la suite, quand j’ai appris à lire, je ne passais pas un soir sans avoir lu au moins une page. J’ai commencé avec des livres de contes : ils n’étaient pas extraordinairement beaux mais leurs illustrations me donnaient envie de les relire encore et encore, chaque soir. Ce plaisant mélange du dessin et de mots m’a amenée vers la collection entière des  albums de Tintin qui trônait dans la bibliothèque de mes parents. Je n’avais pas 10 ans que je lisais déjà ces BD qui ont fait toute mon enfance. J’ai usé certains albums à en connaître les histoires par cœur. Pour tout vous dire, je n’ai presque jamais eu l’occasion de regarder un épisode du dessin animé. Je connais la musique du générique mais l’atmosphère si particulière de cet univers me provient de la BD. Ce n’était pas une époque d’ailleurs, où nous avions accès à beaucoup de livres, mon frère et moi. Nous n’étions pas malheureux pour autant mais je regrette de ne pas avoir eu un accès plus important à la culture (qu’elle quelle soit). Vivant à la campagne, nous n’avions accès à rien, pas même aux médiathèques. La plus proche était située à 15 minutes en voiture. Ce n’est peut-être rien mais les parents n’ont pas toujours le temps ni l’envie de se déplacer juste pour se rendre à un lieu dans lequel nous ne resterions que quelques minutes. Bref, les rares fois où nous avions de nouveaux livres, nous les dévorions immédiatement.

Mes premières lectures de romans : l’approfondissement du langage

Je ne me souviens plus de l’âge que j’avais lorsque je suis passée du livre illustré au roman. Je me souviens seulement d’avoir pensé quelque chose comme : « Jamais je ne lirai des livres sans image ! Je ne veux pas lire ces livres que tous les adultes lisent ; ces gros livres doivent être si ennuyeux avec leurs pages remplies de mots ». Si j’avais su … J’ai finalement succombé à la beauté de ces livres en noir et blanc. Après les histoires, j’ai été séduites par les mots. Même si j’ai commencé avec des romans d’adolescents, sans qualité littéraire exceptionnelle, la manière dont les mots étaient employés, la façon dont ils décrivaient un moment, une histoire, la vie entière d’un personnage, tout cela a développé une sensibilité particulière pour la littérature et le langage. Je ne voulais pas seulement vivre ces histoires, je voulais aussi qu’on emploie le même vocabulaire. Je voyais le monde à travers ce prisme littéraire et à tel point qu’on me dévisageait étrangement lorsque je parlais. Un langage trop soutenu pour mon âge ? Une maturité trop frappante pour mes petits camarades ? Je ne saurais dire… Très réservée, je parlais peu en dehors de ma zone de confort. Ma conscience accrue du langage était instructive mais tout à la fois nuisible. J’avais trop conscience de ce que je disais, je n’avais aucun lâcher prise lorsque je devais m’exprimer. J’avais comme un décalage entre ce que j’étais supposé être et qui j’étais réellement. Mes lectures (entre autre) m’avaient tout simplement apporté une telle maturité qu’elle ne correspondait pas à mon âge. Au collège, j’ai « appris » à jurer et dire des gros mots pour m’adapter. Les autres enfants me regardaient avec des gros yeux, non pas parce que ce n’était « pas bien » mais parce que je n’en disais jamais assez (apparemment). C’est à cette période que j’ai appris ce que cela voulait dire que « s’adapter » : le langage est important pour s’insérer dans une communauté et si l’on ne correspond pas aux standards, nous sommes jugés comme différents.

Avec cet attrait pour les romans et plus généralement la lecture, je n’avais pas, de toute manière, les mêmes centres d’intérêts que ceux de mon âge. Alors que certains passaient leur temps à fumer, s’embrasser, traîner devant l’enceinte du collège et dans la ville, je m’empressais de prendre mon bus pour rentrer chez moi et retrouver mes lectures favorites. On pourrait dire que j’étais le cliché parfait de la jeune fille « intello », aimant par dessus tout les livres et timide, pas forcément complexée mais pas spécialement à l’aise face au regard des autres. Moins je me faisais remarquée, mieux c’était. Les bagarreurs, les chahuteurs, les premiers de la classe, les couples baveux, les filles en sarouel, les autres maquillées à la truelle, tous ces camarades étaient si différents de moi et incompatibles avec ma personnalité. Et puis, je rentrais à la maison, l’univers familial chaotique, toxique et destructeur ne m’aidait pas. Alors je m’enfermais dans les livres : qu’est-ce que j’ai pu rêvé avec Harry, Hermione et Ron, avec Bella et Edward (eh oui, tous les goûts sont dans la nature), Katniss Everdeen, Tris mais aussi Percy Jackson, Anita Blake etc. Tous ces personnages, tous ces mondes m’ont fait voyagé et m’ont libérée, en quelques sortes, de ce quotidien banal et peu enviable. J’étais un peu comme Raiponse dans sa tour d’ivoire et qui, en attendant son sauveur, lisait tous les livres qu’elle réussissait à obtenir. J’ai peu à peu formé une bulle autour de moi qui me protégeait mais m’isolait aussi de mes camarades. Ils ne m’aidaient pas à venir vers eux et je me confortais dans cette différence et ce rejet, de l’autre.

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Ecrire pour se sauver, ou comment devenir son propre preux chevalier

Alors que ma solitude s’accroissait, que mon invisibilité était à son comble, je me suis rendue compte à quel point je manquais de reconnaissance. J’avais ce besoin de croire en moi, de devenir une personne à part entière et non plus cette ombre qui rasait les murs. Comme toute personne invisible avant 2010, j’ai créé un Skyblog. Yes, je fais partie de ces personnes là ! Malgré toutes les critiques à l’encontre de cette plateforme, c’est là que ma passion pour l’écriture est née. Tâtonnante, hésitant entre différents contenus, j’ai finalement décidé de dédié mon blog à l’écriture et pas n’importe laquelle : je souhaitais écrire et publier des poèmes. Étrangement, j’ai toujours trouvé ce genre de texte plus accessible, plus enrichissant et surtout, c’était pour moi le meilleur exercice pour développer mon style. J’aime jouer avec les sonorités, les rythmes travaillés, un vocabulaire étoffé ; ce goût pour la langue et les mots ne me quittent plus depuis ces premières histoires que lisait ma mère et qui me faisaient tant languir. Ainsi, j’écrivais, beaucoup, tout le temps. Cela me permettait de m’entraîner mais cela me servait surtout d’exutoire. Vous savez, cette créativité foisonnante qui ne s’extériorise que quand nous sommes tristes. Cette caractéristique d’écriture était la mienne. Plus j’étais triste, plus j’avais de quoi écrire. Je crois qu’à cette période, ce n’était pas tant la tristesse en elle-même qui me donnait des sujets d’écriture mais plutôt ce qu’elle suscitait. Enfermées, cloîtrées derrière une porte blindée fermée à double tour, mes émotions étaient barricadées. Elles ne s’échappaient que pour écrire et plus j’étais triste, plus la porte s’entrouvrait. Mes émotions ont toujours été le vecteur de mes sessions d’écriture.

Alors j’ai écrit, encore et encore et encore. Je ne m’arrêtais pas. Mes poèmes, fortement inspirés des sessions d’écriture automatique, n’avaient pas de sens. Ils étaient le fruit d’une volonté d’écrire, de laisser les mots coulés. D’ailleurs, voici l’un de mes préférés :

Sombre la nuit, sombre obscure vanité soudaine.
L’eau flotte dans l’air, comme la plume nage dans les flots,
La voix de la raison s’infiltre dans les pores de ma peau blafarde.
Au risque et péril des saisons,
Mon cœur s’acharne de toutes les maladies du monde.
Ô toi le vent, sublime mon appel éternel,
Ramène moi la vie d’antan, ses sourires vermeils.
Le sable chaud, les feuilles couleurs de miel,
Souviennent en moi des fragments éphémères.
Mon esprit divague parmi les ombres ténébreuses,
Il voyage parmi de superbes nébuleuses,
Nébuleuses du temps, et de la soif spatiale,
Un maelstrom d’envie des plus affables.

J’adorais particulièrement décrire les paysages et des scènes d’action lors de mes sessions de prose. Ces textes étaient sublimés par une musique épique qui enrichissait mes idées et mes émotions. En temps normal, je déteste écrire avec de la musique sauf lorsque j’ai besoin de glisser de l’émotion dans ce que je produis. Bien entendu, ce sont toujours des musiques sans paroles, seuls les instruments ont un réel pouvoir de création sur moi. Les paroles sont un vrombissement constant et dérangeant, comme un bourdon qui virevolte à côté de l’oreille. Bref, je m’égare. Quand je ne déployais pas tout mon vocabulaire pour décrire des paysages sublimes et merveilleux, j’aimer inventer des situations où des femmes se vengeaient, pourchassaient, tuaient, partaient dans une quête, bref des femmes fortes et inspirantes de part leur férocité. Ce n’est qu’en écrivant ces lignes que je me rend compte de la colère et de ce besoin de rébellion qui m’habitaient. Comme si j’avais besoin de défouler une force qui se cachait et ne demandait qu’à sortir. Était-ce une colère contre les hommes ? Contre mon impuissance ? Contre ma solitude ? Contre ce monde inintéressant et terriblement banal ? Était-ce parce que j’étais le pendant contemporain de Madame Bovary ? Chacune de ces questions pourraient être affirmatives et démenties. J’avais surtout besoin d’extérioriser quelque chose que j’ai très peu vu et c’est ce que j’ai pris plaisir à faire. À force d’écrire des situations où je m’étais en scène des femmes fortes, des prédatrices ou des guerrières blessées, je me suis libérée de la condition dans laquelle j’étais plongée. Je suis devenue ce que j’attendais depuis toujours : mon propre sauveur. Je l’écris au masculin parce que j’étais, comme beaucoup de jeunes filles, dans l’attente du prince charmant qui viendrait me sauver. L’écriture m’a permis d’approfondir ce que la lecture a fait naître : elle m’a donnée une force insoupçonnée et malgré ma discrétion, malgré mon caractère introverti, j’avais enfin le moyen de m’exprimer comme je le souhaitais vraiment.

À suivre

Je m’arrête ici parce que la suite appartient à un autre chapitre de ma vie. Vous savez désormais comment tout a commencé et pourquoi j’aime autant la littérature et par conséquent l’écriture. Ce chapitre de ma vie se clôt alors que j’étais au lycée.

Dans un autre billet, je raconte ma première expérience avec une maison d’édition et ce que j’en ai appris. Bien que ce soit une nouvelle que j’ai publié, je suis satisfaite et très heureuse d’en être arrivée jusque là et d’avoir mener cette rédaction jusqu’au bout. Il me reste toutefois encore quelques années à vous raconter. Mon rapport à la lecture et à l’écriture ont beaucoup évolué depuis : comme de vieux amants, nous avons eu des périodes de passions intenses et d’autres fois où il était impossible de se supporter. Mais tout ceci, je vous le raconterai dans un autre billet.

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  1. Photo by Dollar Gill on Unsplash
  2. Photo by Sandrachile on Unsplash. Extrait du recueil Milk and Honey, de Rupi Kaur.
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