Dracula, de Bram Stocker

              Journal de ***

     6 juillet. Il est tard, minuit passé. Je viens d’achever la lecture qui me hantait l’esprit depuis des semaines et je compte garder en mémoire ce que j’ai ressenti en la lisant. Ce journal retrace depuis quelques temps mes pensées, mes souvenirs et les nouvelles expériences de ma vie. Il est le témoin de mon passage ici-bas. Ainsi, il est inévitable que certains tombent dessus et explorent ses pages. Cher futur lecteur, pardonne-moi donc les propos que je pourrais tenir et qui pourraient t’offusquer.

    Je m’étais ainsi procuré cet ouvrage à l’occasion de la fête des morts. Il me semblait que ce livre (et tout le mythe qu’il renferme) devait être inauguré pendant une période aussi singulière. Toutefois, je n’ai pas eu le courage de le lire jusqu’à présent. J’ai alors entendu parler d’un salon littéraire dans lequel, chaque mois, les membres lisent des ouvrages autour d’un thème précis. J’ai donc été séduite par l’exercice. Quoi de mieux que de découvrir le premier de tous les vampires pour inaugurer le mois des monstres et des créatures. Pendant un mois, Dracula fut donc le compagnon de mes soirées.

     Cette histoire, cher lecteur, m’a beaucoup surprise. J’avais idolâtré un tel ouvrage tant son histoire traversa les siècles. Pourtant, cette lecture ne fut pas le chef d’oeuvre auquel je m’attendais. Bram Stocker a mystifié la plus connue des créatures dans un récit bien moins mythique. Ce livre est long, bien trop long. Mes soirées étaient entrecoupées de soupirs et quelques fois d’exaltations lorsque l’action reprenait. Il me semble que l’auteur s’est perdu dans son récit. Celui-ci est découpé en plusieurs parties qui, parfois, sont assez invraisemblables. Les personnages semblent même ne pas avoir appris des erreurs des morts. En effet, quoi de plus burlesque que de voir quatre hommes donner leur sang à une même femme sans se questionner sur la compatibilité de leur groupe sanguin ? Malgré le savoir mystérieux du célèbre professeur Van Helsing, celui-ci reste désemparé. Autre exemple : alors qu’il révèle que le vampire est capable de se transformer en animal et notamment en chauve-souris, comment expliquer le fait que personne n’est alerté par la présence d’une chauve-souris qui frappe désespérément contre la fenêtre de la chère Lucy ? Voici quelques confusions que j’ai pu relevé, il y en a bien d’autres que je n’ai pas pris la peine de mentionner. Lecteur, je te laisse juge de ces autres incohérences.

    Ainsi, outre la narration, la personnalité des personnages est ambivalente. Ouvrage sous la forme d’un échange épistolaire et du journal intime, la subjectivité des personnages est si marquée qu’elle peut accentuer la confusion du discours lui-même. Que je retrouve cette page … Oui ! Au milieu de la page 576, une expression étrange et énigmatique est répétée sur plusieurs paragraphes : « avec son gros rouge et aussi du sang ». Peut-être que mon esprit, trop fatigué pour rester concentré n’a pas digéré les centaines de pages précédentes mais j’admets ne pas avoir compris ce passage. Est-ce que le personnage perd la tête ? Est-ce moi qui, par fatigue, n’assimile plus le langage ? Qu’importe, je laisse cette énigme aux lecteurs les plus attentifs. J’ai néanmoins trouvé un aspect particulièrement déplaisant. Même en prenant en compte le contexte historique et culturel de l’auteur, je n’ai pu m’empêcher d’être gênée par toutes les réflexions sexistes et racistes. Ce qui m’a déroutée, d’ailleurs, c’est le fait que malgré le caractère « fragile et délicat » des femmes, elles sont les protagonistes les plus intéressantes du récit. J’ai dévoré les pages mentionnant la maladie de Lucy et les périples de Mina. Même, j’ai été surprise de voir que les hommes, malgré leur savoir, se laisser mener par Mina qui réfléchissait le mieux dans ce groupe masculin. Cette ambivalence me trouble encore tant je ne sais comment me positionner. Est-ce la position métaphorique de Mina qui lui donne le rôle de la Sainte Vierge ? Même, Lucy, malgré l’envoûtement qu’elle suscite chez les hommes est cruellement déchiquetée une fois transformée en vampire. Les femmes jouent un rôle essentiel : seul objet du désir pour le comte, à la fois chose fragile et mystifiée. Néanmoins, ce n’est pas les seules particularités qui m’ont ennuyée : les quelques expressions xénophobes que j’ai pu rencontré m’ont aussi fait froncer les sourcils. Beaucoup ont du m’échapper mais Dracula devient l’incarnation de l’autre dans ce qu’il a de plus étrange et redouté. Tant de choses restent encore à être étudiées concernant de telles thématiques mais je ne suis pas la personne la plus érudite sur ces questions.

       La fatigue me gagne, il se fait tard. Je pourrais ajouter beaucoup de choses mais il me semble avoir évoqué l’essentiel. Finalement, en refermant ces pages et malgré ma déception, je ressens comme un accomplissement. J’ai toujours adoré les vampires – le rêve d’en devenir un est toujours enfoui quelque part dans mon esprit – et il m’était important de lire l’oeuvre qui a engendré toutes les autres. Dracula, une créature plus animale que l’être suprême que j’imaginais depuis toujours, hantera parfois mon esprit pendant mes nuits. Peut-être qu’en m’endormant, ce soir, je serai réveillée par un coup contre ma fenêtre. Je l’ouvrirai sans m’en souvenir et retournerai dans mon lit pour découvrir au réveil deux marques au creux de mon cou.

MON AVIS : ★★★(★)☆

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STOCKER Bram, Dracula. Editions J’ai lu, 2012. Traduction de Jacques Sirgent.
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3 réflexions au sujet de « Dracula, de Bram Stocker »

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