Outsphere, Guy-Roger Duvert

Flânant sur les réseaux sociaux et plus particulièrement Twitter, je suis tombée sur un tweet d’une blogueuse qui réagissait en temps réel sur sa lecture du roman Outsphere. La couverture du livre qu’elle lisait m’a beaucoup plu ; j’étais d’ailleurs surprise de la qualité de la couverture de ce roman auto-édité. Après avoir contacté l’auteur, j’allais donc pouvoir me plonger dans cet univers intriguant.

MON AVIS : ★★★☆☆

L’abandon du vieux monde pour un nouvel Eden, un avenir qui dessine une nouvelle ère, celle de l’Humanité. La Terre que nous connaissons a disparu : misère, pauvreté, guerres mondiales, tant d’événements qui l’ont ravagée. Les humains, forcés de fuir leurs propres cataclysmes, ont un objectif en tête : terraformer une planète habitable. À l’aide d’une technologie légèrement plus avancée que la nôtre, ils ont pu construire un vaisseau transportant les premiers colons terriens. Arrivés sur Eden, cette nouvelle planète pleine de promesse, ils sont confrontés à un événement inattendu : un second vaisseau est apparu dans le ciel. Sur sa coque, on peut lire en lettre romane « Utopia ».

Un premier roman auto-édité

Comme pour tout roman auto-édité, je regarde la qualité de l’objet une fois en ma possession. La couverture est superbe : originale et travaillée, elle donne un aperçu alléchant de ce que peut contenir le roman. La police du titre sans empattement correspond à l’univers métallique, structuré et cadré de la science-fiction. Seul le nom de l’auteur pourrait être modifié, mis en avant avec une couleur légèrement plus claire ; il serait dommage de lire un livre sans se rappeler de son auteur. Ensuite, lorsque l’on tourne la page, on constate une abondance de texte sur la quatrième de couverture. Personnellement, je les apprécie épurées et pleines de questions implicites. J’aime savoir ce que je vais lire mais surtout, j’adore être surprise du contenu. Ici, il y a trop de texte, qui d’une part n’est pas nécessaire, et qui d’autre part, pourrait très bien se retrouver à l’intérieur du livre (notamment l’histoire de l’auteur). À l’intérieur, justement, le roman se divise en 7 parties identifiées par un titre rappelant la mythologie grecque et biblique. J’ai beaucoup apprécié ces appellations plutôt bien trouvées. En revanche, j’ai trouvé que la taille des chapitres était beaucoup trop courte : telle est la difficulté de trouver un moyen d’alterner les divers points de vue tout en restant cohérent. Aussi, quelques fautes de grammaire ou d’orthographe se sont perdues au fil des pages… Globalement, après la lecture des 30 premières pages, on s’habitue et on se plonge rapidement dans l’histoire.

La terraformation, ou comment créer un nouveau monde cohérent

Deux éléments m’ont attirée vers ce livre : le thème de la première terraformation des terriens mais surtout, la rencontre de deux races humaines ayant plusieurs décennies d’écart. C’est ce dernier point qui m’a décidée. J’ai également trouvé dommage de le révéler en détail dès la 4ème de couverture. Jouer sur le suspens intriguerait d’autant plus le lecteur qu’il serait curieux de connaître l’histoire de cette deuxième race humaine. Outre ce fait, plusieurs enjeux se dessinent : la terraformation de la planète, le bon fonctionnement politique et militaire de la nouvelle cité et bien évidemment, la cohabitation de ces deux races humaines. On retrouve également les codes de la science-fiction classique : l’étude biologique, anthropologique, linguistique et historique de la faune et la flore, ainsi que des autochtones voisins ; les questions agricoles, sanitaires et hygiéniques ; les problématiques politiques, militaires, culturelles, technologiques et de nombreuses autres thématiques.

J’aime particulièrement le fait que l’auteur ait pensé à tous ces enjeux qui sont inévitables dans un genre tel que celui-ci. La science-fiction est un genre particulièrement difficile puisqu’il demande une maîtrise de plusieurs sujets et surtout, d’aborder des thématiques essentielles aux situations dans lesquelles sont plongés les personnages. J’ai d’ailleurs plus particulièrement aimé les passages qui présentent les difficultés d’adaptations des colons et la manière dont ils trouvaient (ou non) une solution. Il est néanmoins dommage que le roman n’ait pas abordé plus en profondeur des éléments essentiels au genre : la description de la faune et de la flore ; la technologie des terriens ; les autochtones, que ce soit leur mode de vie, leur physique, leur habitation etc. Ces éléments étaient abordés de manière trop superficielles à mon goût, comme si l’auteur n’avait pas lui-même défini et abouti ce nouvel univers. Évidemment, il est difficile de créer un univers qui n’a rien à voir avec ce que l’on connaît déjà. Néanmoins, le lecteur sera d’autant plus attentif à ces détails qui attiseront sa curiosité et lui permettront, s’ils sont approfondis, de plonger entièrement dans ce nouveau monde qu’il veut lui aussi connaître.

Outsphere, une fiction parfois trop en surface

Friande des univers de science-fiction, je n’ai pourtant que rarement lu des romans SF. Parfois trop pointus, il m’est difficile de comprendre tous les termes scientifiques qui sont nécessaires pour la crédibilité de l’univers créé par l’auteur. Ici, Duvert a vulgarisé le plus simplement possible mais aussi, on le sent, en s’inspirant des oeuvres cinématographiques du genre. Il est d’ailleurs étonnant de lire un livre qui reprend les codes du cinéma. Pendant les 50 premières pages, j’avais véritablement l’impression de lire un film de science-fiction. Ce n’est pas forcément un point positif parce que cela peut nuire à la richesse littéraire du roman. En effet, au lieu d’utiliser tous les outils linguistiques propre au genre littéraire, l’auteur a trop utilisé les codes cinématographique avec des descriptions trop visuelles, trop partielles ou pas assez psychologiques.

La profondeur des personnages en a subit quelques conséquences : parfois peu élaborés, je ne voyais pas de différence avec les personnages caricaturaux que l’on retrouve dans beaucoup d’oeuvres de science fiction : notamment le militaire têtu, la scientifique bornée, le civil rebelle, sa femme intelligente mais en retrait, la politique débordée etc. Même, pendant un tiers du roman, j’ai eu beaucoup de mal à comprendre qui était chaque personnage, son rôle, son caractère et son identité propre. Il manquait des descriptions physiques, des portraits psychologiques plus approfondis et parfois même de l’authenticité. Grâce à son travail, un écrivain doit rendre unique un personnage qui, à l’origine, peut être stéréotypé. Ce travail est laborieux mais en créant toute une vie autour du personnage, il est possible de le rendre unique et moins superficiel.

CONCLUSION

Pour son premier roman, Guy-Roger Duvert a écrit un premier tome de science-fiction plaisant à lire et plutôt intriguant. Beaucoup de questions sont laissées en suspens et trouveront leur réponse dans le tome suivant. Ce deuxième roman sera l’occasion de relever plusieurs défis : développer la richesse d’un univers qui nous offre déjà la promesse d’être original et intriguant ; approfondir la psychologie des personnages pour les rendre plus palpables ; enfin, l’auteur devra, une nouvelle fois, me tenir en haleine.

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DUVERT Guy-Roger. Outsphere, t.1. 2019.

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