Coquille.

Quel est ce monde si bruyant, si agité, qui m’empêche d’être ? Solitude niée, bafouée, piétinée, je marche au côté des autres et pourtant, ma présence n’existe pas. Il ne me voit pas, je ne les veux pas. On m’oblige, que dis-je, on me tient le corps, fort, douloureusement, pour me noyer dans ce torrent infernal.

On m’oppresse, on me presse, on m’agresse, sans cesse et je n’ai pas le droit de lutter. On m’arrache à moi-même, on brise ma coquille. Cassée, je suis une proie facile. Si seulement ils voyaient ma douleur, si seulement ils comprenaient que leur voix me percent les tympans, que leur regard me transpercent, que leurs gestes crispent mes muscles tendus par un excès de pudeur.

Candide, j’ai cru alors qu’ils changeraient. Que le temps serait mon fidèle ami, lorsque l’enfance était un poison pour ma frêle assurance. Mais alors que le temps passe, tout reste cruellement immuable. Comme si, malgré l’espoir d’une douce éclaircie, l’homme restera toujours un loup pour l’homme.