Amours solitaires, Morgane Ortin

Passionnée de poésie et des beaux mots, j’ai immédiatement adhéré au concept du compte Instagram « Amours solitaires ». Notre génération, hyper connectée, est habituée aux échanges numériques qui ont remplacé les échanges épistolaires. Grande amoureuse des sentiments et de l’Amour, j’ai dû trouver un moyen d’exprimer la poésie du coeur et les SMS, l’ai-je découvert, peuvent en être absolument imprégnés. Il était tout naturel que je m’intéresse et succombe à la lecture d’un ouvrage qui réunit tous ces mots d’amour.

La beauté, c’est le bruit de la lumière sur ton visage.

MON AVIS : ★★★★☆

Lorsqu’on ouvre ce livre, il n’y a pas de prénom, pas de lieu, seulement des jours et des mois. Nous sommes face à un objet intemporel qui pourrait être l’histoire amoureuse de n’importe qui. De ses débuts aux aléas de la vie, nous suivons donc ces deux protagonistes dont on ne sait rien, excepté leurs sentiments naissants l’un pour l’autre. Nous entrons dans leur intimité, nous partageons leurs mots, nous voyons éclore leur amour et inévitablement, s’étioler.

Un amour universel

L’originalité de ce livre réside, on s’en doute, dans le choix du format utilisé. Ce n’est plus un roman rédigé en prose ni un recueil de lettres épistolaires. Ici, ce sont 278 conversations anonymes en patchwork qui ne forment plus qu’une seule histoire d’amour.

Ainsi, on découvre l’histoire d’un homme et d’une femme (malgré l’anonymat des SMS, cet amour est entre personnes hétérosexuelles) qui apprennent à se connaître et qui échangent presque quotidiennement des mots l’un à l’autre. Ils se partagent des citations, des musiques et puis, plus on avance, plus ils se libèrent de tout support pour exprimer leur propre pensée et bien sûr, leurs sentiments l’un pour l’autre.

Même si les mots sont genrés, cet amour n’est pas propre aux personnes hétérosexuelles. Il m’a semblé que cette histoire pourrait être celle de n’importe qui, libérée de toute orientation sexuelle, de genre, de couleur de peau. Il n’y a pas d’identité propre qui est dessinée dans ce livre et c’est là, je crois, ce qui en fait toute sa force.

La poésie numérique

Comme la forme de ce livre est originale, le choix des mots rend cette lecture d’autant plus puissante. Ce sont bien évidemment des mots tirés de conversations réelles et l’autrice n’a fait « que » les assembler pour former une belle histoire d’amour. Néanmoins, cette mosaïque forme une poésie nouvelle. Comme si les amours du monde se répondaient entre elles. Comme si, quoiqu’on se confiait, nous prononcerions – écririons, en l’occurence – les mêmes mots à l’être aimé.

Ainsi, j’ai été particulièrement touchée par cette forme parce que la poésie numérique est une pratique que j’aime exercer. S’échanger des SMS est devenu commun mais travailler la forme est bien plus rare. Aussi, susciter la curiosité, avouer sans dévoiler, faire désirer sans vulgarité, caresser sans toucher deviennent des pratiques littéraires et numériques absolument délicieuses.

Morgane Ortin utilise donc l’anonymat de ces poètes de l’ombre pour créer une poésie en dehors du réel. Très peu de lieux sont nommés et lorsque tel est le cas, ce sont des endroits que l’on peut retrouver partout (tant que nous sommes citadins, il est vrai) : aéroport, bar, appartement, etc. Ce qui importe, c’est plus particulièrement l’intimité intérieure de ces deux amoureux. Ce qu’ils éprouvent, les images qui les rapprochent, tout se mêle pour sublimer le sentiment amoureux. Le message qui m’a le plus émue, d’ailleurs, est cité plus haut : « La beauté, c’est le bruit de la lumière sur ton visage ». Pour moi, c’est celui qui a révélé toute la poésie de leurs mots et à travers cette image, on entrevoit ce que peut nous faire ressentir l’amour.

La révolution de l’amour

Ce livre est une histoire d’amour, certes. Mais sa forme reflète une intention littéraire : répandre l’amour sur le monde.

Nous n’écrivons plus de lettres. L’époque des échanges épistolaires est désormais révolue. Le papier et la plume ont laissé place à l’écran numérique. Néanmoins, même si nous sommes désormais dans un monde d’images, les mots résident encore aujourd’hui en chacun de nous. La poésie est un art si proche de l’amour, c’est peut-être elle qui transparaît le mieux ce que cache nos coeurs assoiffés de tendres caresses.

Comme Morgane Ortin, je pense que nous sommes capables de propager l’amour à travers nos mots. Même si nous n’écrierons pas tous de recueil de poésie, nous sommes néanmoins capables d’être des poètes du coeur. Les SMS, je crois, ne doivent pas être le prétexte d’une réalité crue, prosaïque et sans plus aucun fantasme. Au contraire, je crois que ce format est le nouveau socle de l’amour : il est l’engrais qui permet de faire éclore en nous le sentiment amoureux et de le cultiver, encore et encore pour que son fruit ne meure jamais.

Le mot de la fin

Malgré la simplicité de ce livre, j’ai été particulièrement touchée par cette histoire. Je crois que nous ne pouvons saisir la poésie de ce livre qu’en ayant soi-même expérimenté les délices de ces échanges amoureux et poétiques. Grâce à ce livre, d’ailleurs, je me suis rappelée qu’un jour, j’ai également aimé et que, à l’avenir, je succomberai peut-être encore à ce doux sentiment.

Pour cela, j’en remercie Morgane qui nous rappelle que la révolution de l’amour est en chacun de nous : nous devons plus que tout nous souvenir que l’amour est un sentiment qui transcende nos vies, qui subliment nos quotidiens et qui offrent, aussi, un sens à l’existence.